24/11/2008

ORVAL - ARTICLE - LA CONSTRUCTION

Prochainement : d'autres photos d'ORVAL


Bernard Liévain a écrit:

Charles Van der Cruyssen  ou le  curieux destin d'un géniaque malgré lui.  

 

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L'entrepreneur

Charles Van der Cruyssen est né à Gand le 11 juillet 1874. Son père Charles était établi comme tapissier décorateur.  Il avait épousé Jeanne Moerman qui lui donna quatre enfants. Devenue veuve, elle fut épaulée par ses deux fils aînés Charles et Julien. Charles, après avoir terminé ses humanités au collège Saint Amand, renonce aux études universitaires car  âgé de 17 ans  il doit prendre des responsabilités dans l'entreprise familiale. Son amour des belles choses et son  dynamisme impressionnant  aboutissent rapidement à accroître la renommée  de l'entreprise qui rapidement va  étendre son champ d'action dans le domaine de la  construction. A partir de 1904, il  s'établit comme entrepreneur des Travaux publics. Pendant les dix années qui précèdent la guerre de 1914, Charles mène  son entreprise  de succès en succès.

Il emploie plusieurs centaines d'ouvriers dans des travaux d'égouttage  ainsi que  dans la construction  des pavillons belges aux expositions internationales : Paris (1902), Liège (1905), Milan (1906) où un espace fut réservé à la promotion des métiers d'art belges, Bruxelles (1910), etc ...

A quarante ans, Charles peut se vanter d'une carrière exceptionnelle.  Sa notoriété est importante et il peut être très fier de ses réalisations. La guerre va cependant donner une toute autre tournure à sa vie.

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Le géniaque

Charles n'avait jamais été soldat ; vers 1892, il avait été «racheté» par sa famille au moment où il aurait dû remplir son service militaire suite au tirage au sort.  Quand la guerre éclate, Charles, le quadragénaire, n'hésite cependant  pas un instant à s'engager, le  8 août 1914, comme soldat volontaire non gradé.



C'est lors de la bataille de l'Yser que Charles révèle tout son héroïsme et ses compétences techniques

En septembre 1914,  il participe à la  défense de la forteresse d'Anvers. Le 3 octobre, lors du combat sur la Nèthe, il est chargé de démolir un pont de pierre, des digues, pour empêcher la progression de l'ennemi.

Après avoir détruit le Scheldebrug à Anvers, Charles avec 16 de ses hommes ne parvenant pas à rejoindre l'armée en route vers l'Yser, réussit à fuir en Hollande puis à rejoindre l'Angleterre d'où il s'embarque pour la France. Parvenu à Rouen, il se réengage une  deuxième fois comme volontaire  et rejoint l'armée du roi Albert derrière l'Yser.

En avril 1915, derrière l'Yser les Allemands entament leur grande offensive contre Steenstraete. Les gaz de combats employés  font des ravages dans les lignes françaises. Charles fait partie du contingent belge envoyé  pour  aider les aider. En janvier 1916, Charles fait partie des troupes qui  subissent l'assaut ennemi contre  le redan sud au nord d'Ypres. En février 1916, il est nommé officier du génie.

 Dans la nuit du 20 au 21 août 1916, il participe comme volontaire à l'attaque belge contre les positions allemandes à Oud-Stuyvekenskerke. Il est cité à l'Ordre du jour de l'Armée et décoré de la Croix de Guerre.

Après de multiples actions d'éclats, le lieutenant du génie est cité à l'Ordre du jour de l'armée belge le 6 octobre 1918 (décoré croix de guerre avec deuxième palme) ainsi que cité à l'Ordre du jour de la 128ème division de l'armée française.

Le 21 octobre, il participe à l'attaque belge du canal de Schipdonck à Somerghem. Une balle allemande lui traverse la poitrine. Après être considéré comme mourant, donc sans soin pendant 5 jours, un médecin allemand le fait transporter  à l'hôpital d'Anvers.

Une première tentative d'évasion se solde par un échec, une deuxième réussit grâce à l'aide d'un agent de police anversois. Le 25 novembre 1918,  le général Bernheim en personne le charge dans  sa propre voiture  pour le conduire à l'hôpital militaire de Gand. Après sa convalescence , en 1919, il participe à la mise sur pied de la base navale américaine d'Anvers

Pour toute sa bravoure exceptionnelle, Charles est cité à l' Ordre du jour de l'Armée belge du 23 février 1919 et est fait  chevalier de l'Ordre de la Couronne.

Démobilisé le 28 mai 1919, le  « géniaque » est titulaire de  la Croix de guerre avec huit citations et quatre palmes, de la Croix de guerre française avec citation, de la Croix de feu. Il deviendra  membre du Comité de Patronage des XII, comité composé des 12 militaires les plus cités à l'ordre du jour de l'armée !

Prétextant un voyage, il quitte la Belgique et se fait moine à Soligny- La-Grande-Trappe. Avant de partir, Charles distribua ses biens et prit  le nom de frère Marie-Albert.

En 1925, après cinq années de vie monastique, il  reçoit la prêtrise.

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L'abbé d'Orval                  

Lors de la révolution Française, l'abbaye d'Orval, fondée en 1132, est détruite et ses ruines sont mises en vente en 1797. Elle passe entre les mains de plusieurs propriétaires.

Après la grande guerre, les moines français craignant la politique anti-religieuse du gouvernement français cherchent un refuge en Belgique.

Monsieur et madame de Harenne offrirent le val aux Cisterciens.

Le père Albert était tout désigné pour  entreprendre la construction de la nouvelle abbaye.

 Le 19 août 1929, le prince Léopold rehausse la cérémonie de pose de la première pierre de l'abbatiale.

 Le 2 mars 1936, le père Albert devient dom Albert,  53ème abbé d'Orval succédant à dom Gabriel Siegnitz décédé en 1799 soit 137 ans auparavant !

Mais le bouillant abbé n'en reste pas là : il fonde également l'abbaye de Claire-fontaine, le prieuré Saint-Bernard à Sorée puis celui de N-D de Grâces à Saint-Gérard. 

En 1940 l'abbaye d'Orval est pillée par les Allemands.

Notre trappiste se remet à la tâche et le 8 septembre 1948, l'église est solennellement consacrée.

Pendant la Guerre, l'abbé rendit bien des services à l'Armée Secrète en établissant de faux papiers pour les maquisards, en  cachant réfractaires et personnes poursuivies par la Gestapo dans les fermes avoisinantes et en veillant au ravitaillement des  résistants  cachés au refuge  d'Orchimont.  

 Charles Van der Cruyssen, dit dom Albert, meurt le samedi 30 avril 1955 à 7 heures du soir dans le silence de l'abbaye. Le 3 mai 1955, entourée des moines et de ses amis, la dépouille mortelle quitte la basilique pour être conduite au milieu des soldats rendant les honneurs dans le cimetière des moines.

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Commentaires

Quel dommage que la vie de Charles Van der Cruyssen soit racontée en utilisant une couleur jaune sur fond blanc. C'est illisible ou très fatiguant pour les yeux. Ce serait bien d'y remédier.
Merci.

Écrit par : Parthiot | 05/08/2011

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