15/02/2009

PHOTO & NUDITE - VERSION 4

Photo et Nudité - version 4

 

Cher Lecteur, Chère Lectrice anonyme, qu'allez-vous trouver ici ?

 

1. Le début de ma curiosité

2. La question

3. Délimitation du domaine

4. Une hypothèse de réponse

5. Des éléments de réponse (sans vouloir viser la totalité)

 

0.1. Point de départ. Je veux « rassembler mes idées à moi » concernant la photo et la nudité, créer un article sans faire appel à des spécialistes ou des références scientifiques. Il s'agit donc d'une opinion subjective basée sur ce que je vois.

 

0.2. Invitation : envoyez vos réactions à p.vandepapeliere@skynet.be

 

1. Le début de ma curiosité

 

1964. Au collège, un abbé enseignait à une classe rebelle les premières notions de l'art. Ses diapositives montraient des corps nus. Si l'art grec et romain passaient encore, la Renaissance ne provoquait que chahut et rires goguenards. L'abbé rangeait tout son matériel et se mit à dicter. Trouver des reproductions faisait partie du travail personnel. Le samedi suivant l'incident, à peu près toute la classe prit un abonnement à la bibliothèque locale. Le bibliothécaire  n'a pas apprécié.

 

1965-1973. Durant mes études de philosophie et de philologie à Louvain, la faculté nous fournissait pas mal d'occasions pour compulser des revues d'art en tout genre, entre autres le VLAAMS KUNSTBEZIT, une merveille sur le plan de l'édition et de la pédagogie. 1 œuvre par mois, avec photos, analyses techniques, interprétations, bons gratuits pour visiter des expositions. Depuis lors, les  Nus de Modigliani, de Rodin, de Weston me fascinent. Certaines photos de mode également.

 

Une fois au travail, les weekends avec visite « musée ou expo » ont continué, En plus, je pouvais me permettre l'acquisition de catalogues. JE commençais à comparer.

 

Ouvrez vous-même aussi un « book » de photographe, entrez au Musée de la Photographie de Charleroi, d'Anvers, visitez les expositions au Botanique-Bruxelles ou regardez les photos publicitaires de luxe. Peut-être resteriez-vous aussi muets devant certains « Nus Avec ou Sans Titre ».

 

2. La question

 

A 61 ans, je ne sais toujours pas donner une définition, courte et claire, de ce qu'est la « belle photo » de la « belle nudité ».  Je sais que cette photo exerce une forme de fascination. Je sais qu'elle me fait repousser beaucoup d'autres photos (portrait, architecture, paysage) au plan secondaire ? Mais pourquoi donc ?

 

3. Délimitation

 

3.1. Ici, il s'agit photos, non de tableaux, qui représentent « le corps nu ». Pour en avoir une idée plus claire, je peux faire des classifications telles que :

  • * nudité totale, partielle, nudité voilée ...
  • * nudité d'un corps intégral, de ses fragments, de sa silhouette, de sa chair, de sa peau ...
  • * nudité d'un corps idéalisé, aliéné, métamorphosé, macro photographié ...
  • * nudité d'un corps blessé, mutilé, assassiné ...
  • * nudité d'un corps viril, musclé, tendu, lascif, érotisé, debout, couché ...
  • * nudité crue ...

 

3.2. J'exclue toute représentation qui a trait à la pornographie, aux sites de services et de rencontre, au naturisme, au voyeurisme, l'exhibitionnisme, le vénal, la « curiosité malsaine »,la vulgarité.

 

3.3. J'exclue aussi toute photo qui sert un objectif particulier de science, sport, journalisme, documentarisme,  médecine, ethnographie ...

 

3.4. Par contre, j'accepte la photo mode. 

 

3.5. Positivement, je veux parler de photos qui tombent en même temps sous 3 catégories : art, beauté, érotisme,.

 

4. Hypothèse

 

Problème. Je ne dispose pas d'une définition courte, claire, valable pour tous, de ce qu'est l'art, la beauté, l'érotisme. Je n'ai pas non plus une définition qui tranche de ce qu'est « la belle photo de la belle nudité ». Les philosophes de l'art auraient pu m'apporter quelques idées.

 

Peut-être. Cependant, je veux partir de ma propre expérience. Je sais que je peux rédiger uns sorte d'inventaire d'éléments, qui chacun à leur tour, peuvent contribuer, positivement ou négativement, à créer du « beau ».

 

Comment ces éléments collaborent-ils ?

 

Et s'il s'agissait d'une forme de magnétisme ? D'une quadri polarité (photo - corps - photographe - spectateur). D'un jeu de forces qui s'exercent les uns sur les autres, qui finissent par provoquer l'existence d'un champ magnétique équilibré ? Et qui fait naître en moi une sensation de beauté et de bien-être ?

 

Cela pourrait aboutir à un  score, de somme totale de points positifs et négatifs obtenus par un certain nombre de paramètres.

 

La photo est un ensemble organisée d'éléments visuels. Ces éléments visuels, nous pouvons les distinguer l'un de l'autre. Ces éléments individuels constitutifs représentent des forces (positives) d'attraction ou des forces (négatives) de rejet ou de refoulement. Chaque force individuelle a son impact sur le spectateur. La puissance d'une photo dépend de la somme totale de ces impactes d'attraction ou de refoulement. L'intérêt que chaque observateur porte a une représentation du corps humain nu, sera en fonction de la somme des impacts des forces qui sont en jeu. N'oublions pas, le spectateur aussi est un être-en-situation. Cela veut dire qu'il ne réagit pas deux fois de manière identique. De lui dépendra le nombre de ces forces actives ou négatives.

 

5. Réponse provisoire : liste provisoire des forces intervenantes

 

5.0. La « belle nudité érotique » n'est finalement qu'un « sujet de recherche et de travail » pour le photographe. Il doit la trouver grâce à son modèle, son expérience, son matériel. Le plus souvent, la « belle » image est une construction. Le photographe doit la préparer, prendre, retravailler  et ainsi reproduire ce qu'il trouve beau, artistique, érotique. Il faut aussi un spectateur pour voir et apprécier. Il s'agit bel et bien d'une opération à 4 : corps, photo, photographe, spectateur.

 

Il est clair que l'érotisme n'explique pas tout. L'érotisme sans art se rapproche de la vulgarité. Voici une liste, probablement pas exhaustive, des éléments qui renforcent ou affaiblissent notre bonne sensation devant une photo artistique+belle+érotique. Ces éléments peuvent changer de catégorie.

 

5.1. Les incitants venant de la photo(-machine)

 

L'application des règles techniques, propres à toute bonne photo, sont aussi d'application à toute bonne photo de nudité. Le mépris d'une de ces règles de base ne pourrait engendrer qu'un score négatif.

 

  • choix: couleurs ou NB
  • mise au point + champ de profondeur + netteté
  • orientation de la photo: horizontalité/verticalité
  • cadrage du sujet
  • exposition + diaphragme
  • qualité de la lumière
  • quantité + orientation de la lumière naturelle, des flashes...
  • équilibre entre les hautes lumières et les ombres
  • la balance des blancs
  • la température des couleurs + leur saturation
  • la perception du détail dans les zones d'ombre ...
  • la postproduction

 

Il suffit de télécharger Picasa 3, par exemple, pour avoir une première idée rudimentaire des exigences et des possibilités. Le photographe doit avoir en tête toute une liste de vérifications à faire avant de déclencher la première fois.

 

5.2. Les atouts photogéniques du corps

 

5.2.1. Formes, dimensions, position, masculinité, féminité, force, musculation, couleur de la peau, cheveux, forme du visage, regard ... Tous ces éléments joueront leur rôle pour captiver le regard du photographe, l'intérêt du spectateur. 

 

5.2.2. Jeunesse, vieillesse, élégance, santé, décadence : leur mise en évidence photographique nous rend pour le moins indirectement conscients des limites de notre propre corps. Le « beau » peut se révéler frustrant et peut ainsi s'imposer davantage. Rappelons que l'âge avancé revient à l'honneur, cf. Erwin Olaf.

 

5.2.3. La sélection de l'environnement ; cf. Bettina Rheims qui en 1991, allait photographier des filles dans des chambres d'hôtels parisiens pour prostituées.

 

5.2.4. Elimination de ce qui dérange. Nous sommes des observateurs frustrés. En marchant dans la rue, on se sent agressé par la laideur et le désordre urbanistique, par la saleté, par l'obésité des enfants ... par mille et une choses. Puisqu'on rêve d'un monde plus beau, on se sent lésé par le monde tel qu'on le voit. La photo permet de voir ce monde de façon plus positive en éliminant ou en cachant les laideurs, en organisant l'image.  

 

5.2.5. Flexibilité du corps + la bonne volonté du modèle garantissent un outil souple, malléable, utilisable... Le corps humain s'oppose à la fixité des objets, des paysages. Par le non-prévu de ses poses, de ses adaptations, le corps est capable d'étonner le spectateur, bien plus qu'un chat, un chien, une architecture.

 

5.2.6. La singularité du choix des couleurs, de la position du modèle, de la composition ... opposée à ce que nous voyons fréquemment. Cette singularité peut aussi être soulignée par la présence dans la composition d'un détail provocateur, d'une trouvaille inattendue  ... Procédé parfois aussi délicat que l'humour surréaliste, capable du meilleur et du pire. A  vous de juger son efficacité à capter le regard du spectateur. Un exemple en dit plus long qu'un texte.

 

 

5.3. Des forces qui sont propres au photographe-artisan

 

5.3.1. Le photographe isole. Prendre des photos, c'est : regarder autour de soi, puis sélectionner le sujet à photographier. C'est observer ce sujet à travers l'objectif, puis se positionner par rapport au sujet en tenant compte de plusieurs paramètres. Cela revient à  écarter son sujet de tout le reste, à concentrer le regard sur le sujet isolé, à regarder ce sujet avec un surplus d'énergie, à faire exister ce sujet d'une façon différente.

 

5.3.2. Le photographe révèle et cache. Il regarde et décide de ce qu'il fait voir, de ce qu'il va cacher. Rappelons que le tacite, le caché peut en dire long chez le spectateur.

 

5.3.3. Le point de vue du photographe-en-situation. L'expression « chaque chose en son temps » évoque en général le déroulement d'une série d'évènements dans l'avenir. Chaque élément de la série doit se produire à un moment donné, propice, selon une logique, sinon il y a comme une  erreur. En oubliant la terminologie judiciaire, on peut parler de circonstances qui atténuent, d'autres qui renforcent la sensation esthétique.

 

Exemples de circonstances qui freinent : manque d'éducation, manque d'expérience, fatigue, soucis, maladie.

Exemples d'éléments qui favorisent notre capacité esthétique : temps libre, sérénité, éducation, formation esthétique, connaissances en peinture, en iconographie, ouverture intellectuelle, capacité de prendre de la distance par rapport aux choses quotidienne, sens des formes et des couleurs ...

 

Ce qui fait penser que le regard du spectateur et du photographe est déterminé par une sorte de chimie. Cette 'chimie' se fera ou ne se fera pas selon l'objet de la photo à prendre et selon les circonstances auxquelles réagit le photographe.

 

5.3.4. L'intention du photographe : Certains photographes travaillent par thème, construisent des photos qui ont un lien entre elles, et épuisent ainsi toutes les possibilités existantes. Cf. Marie-Jo Lafontaine et ses portraits de nageuses, Erwin Olaf et sa série « Royal Blood ». D'autres photos sont là pour véhiculer un message. Il peut le saupoudrer érotisme pour « enfoncer le clou ».

 

Le photographe sait pourquoi il prend une photo. Le spectateur découvre cette intention. Mais certaines photos sont uniquement produites pour « faire beau ». C'est là leur message ! Avec ou sans érotisme.

 

5.4. Forces et frustrations du spectateur-interprète

 

5.4.1. La photo, ce havre d'éternité qui fait rêver

 

Les temps passent, les corps passent. Je n'ai pas assez de temps pour plaire à moi-même et plaire aux autres! Par contre, la photo isole, fige, immobilise tout mouvement, tout sujet, et monopolise notre activité visuelle et intellectuelle. Le spectateur se concentre, étudie, prend distance, approuve et/ou  désapprouve ce qui provoque une sensation esthétique ou non. Il s'engage tout en se sentant mystérieusement exclu de ce photo-monde.

 

 5.4.2. La collaboration de mon cerveau, ce traître

 

Laïque ou croyant, nous savons très bien que notre corps finit par mourir. Et avec notre corps, nous mourrons aussi. Nous préférons oublier cela et c'est frustrant de se faire rappeler à l'ordre. Or, la photo le fait, directement par la représentation de corps mutilés ou assassinés, indirectement par son exaltation de la beauté ou de la santé corporelle. Au delà de leurs qualités graphiques, ces photos comportent une pincée d'agressivité. Notre cerveau, étant binaire pour le moins, nous dit à haute voix : « que c'est beau, tout cela ! » mais d'une petite voix traître, il ajoute : « dommage, ce n'est pas toi.» Je me sens piqué à vif. L'admiration comporte une pointe de jalousie

 

5.4.3. Mon corps, ce maître-chanteur

 

Je crois que le corps humain est l'invention la plus puissante, la plus grandiose avec laquelle je vis en contact direct. Je suis mon corps. Il est mon seul moyen d'être présent dans ce monde. Il me le fait savoir et il me cause tellement d'ennuis : douleur, maladie, fatigue, faim, soif, vieillissement, limites...  Je ne peux m'accepter tel quel, donc j'interviens : chirurgie, mode, maquillage, gym, gestion de stress. Nous vivons avec notre corps une relation amour-haine intensive. Eternellement en danger, il est notre premier amour, notre premier ennemi. Pas étonnant donc que sa seule représentation nous intrigue.

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