17/08/2009

ARISTOTE à copier-coller Partie 1 et 2


ARISTOTE à petite dose

 ÉTHIQUE A NICOMAQUE

(version à copier-coller)

 Traduction, notes et bibliographie par Richard Bodéus

Titres et sous-titres reproduits tels qu’ils ont été publiés dans l’édition des « Grands Philosophes » de Flammarion, 2008 ;

 Pour obtenir  le plan détaillé du livre, cliquez (à droite) sur les archives du 14-07-2009 (2e moitié)

 Pour lire l’ensemble des textes (le premier se trouvant le dernier), cliquez sur « Aristote » dans la liste des tags (à gauche)

 Mes objectifs :

1.     Réunir les différentes idées d’Aristote et de son temps, même si ces idées ne nous concernent plus.

2.     En découvrir l’organisation intérieure et les liens hiérarchiques.

3.     Formuler les questions qu’Aristote se posait.

4.     Me faire une idée rationnelle du BONHEUR.

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 PRÉAMBULES

 1. Le bien suprême : fin de la discipline maîtresse entre toutes

 

Aristote écrit : « Toute technique et toute démarche méthodique – mais il en va de même de l’action et de la décision – semble viser quelque chose de bon. C’est pourquoi l’on a eu cette belle déclaration : le bien, c’est la visée de tout. (…) Mais (…) la multiplicité des actions, des techniques et des savoirs engendre aussi la multiplicité des fins (= objectifs à atteindre)… Dans tous les cas, les fins que s’assignent les disciplines maîtresses sont préférables à toutes celles qui leur sont subordonnées. (…) Donc, s’il est quelque fin, parmi celles qui sont exécutables, que nous souhaitons pour elle-même et pour laquelle nous souhaitons les autres, … il est clair que cette fin doit constituer le bien et ce au titre suprême.

 

2. La connaissance du bien suprême : œuvre de la politique

 

Et s’il l’en est ainsi, il faut tâcher de cerner … ce que peut bien être cette fin elle même et d’identifier celui des savoirs ou capacités dont elle est l’objectif. (…) Or, comme on peut l’imaginer, c’est l’objectif de la discipline la plus souveraine et la plus éminemment maîtresse. Et telle est la politique visiblement…Nous voyons que même les plus honorables des capacités lui sont subordonnées, comme la conduite des armées, l’économie, l’art oratoire … le meilleur objectif, en tout cas, et le plus achevé paraît d saisir et de préserver le bien de la cité…

 

3. Remarques sur le mode d’argumentation

 

PREMIÈRE PARTIE : LE BIEN HUMAIN SUPRÊME

 

1. Introduction : un objectif nommé bonheur

 

Aristote écrit : « Quel est le bien placé au sommet de tous ceux qui sont exécutables ? Sur un nom, en somme, la toute grosse majorité tombe d’accord : c’est le bonheur … disent et la masse et les personnes de marque… mais le bonheur, qu’est-ce que c’est ? On entre dans la controverse…. »

 

2. Les opinions touchant le bonheur

 

« Pour certains, …, la réponse est claire et évidente : c’est quelque chose comme le plaisir, la richesse ou l’honneur, quoique la réponse varie des uns aux autres – et souvent même un individu identique change d’avis, puisque tombé malade, il dit que c’est la santé, et dans l’indigence que c’est la richesse. »

 

2.1. Point de départ : les faits connus de nous

 

« … pour ce qui nous concerne, nous devons partir de données connues de nous-mêmes. Aussi doit-on avoir eu, dans ses habitudes, une belle conduite … . Car, le point de départ, c’est le fait et s’il apparaît suffisamment, on n’aura nul besoin, en outre, du pourquoi. Or celui qui a bénéficié de belles habitudes ou bien possède les principes ou bien peut s’en faire une idée facilement. Quant à celui qui n’est dans aucune de ces deux situations, … celui-là est perdu tout entier.»

 

2.2. Les opinions communes

 

Aristote écrit : « … la conception qu’on a du bien et du bonheur … découle selon toute apparence du mode d’existence que l’on mène.»

 

2.2.1. Le plaisir

 

« Pour la masse et les gens les plus grossiers, c’est le plaisir. Aussi bien l’existence qu’ils aiment est-elle faite de jouissances … la masse se montre complètement servile, préférant une existence de bestiaux. »

 

2.2.2. L’honneur

 

«  De fait, l’existence politique a en somme cela pour fin. Mais l’honneur paraît une chose trop légère par rapport au bien recherché, car il semble dépendre de ceux qui l’accordent, plutôt que de celui qui le reçoit… »

 

2.2.3. La vertu

 

« …s’ils (= les hommes politiques) recherchent l’hommage des hommes sagaces et auprès de ceux dont ils sont connus, c’est aussi pour leur vertu. Il est donc évident que d’après eux, c’est la vertu qui l’emporte…. Cependant, elle apparaît trop peu comme une fin, elle aussi (car) … »

 

2.2.4. La méditation

 

« Quant au troisième mode d’existence, consacrée à la méditation, nous en ferons l’examen dans la suite. »

 

2.2.5. La richesse

 

« La richesse n’est pas le bien recherché puiqu’elle est utile en fonction d’autre chose encore. »

 

2.2.6. Conclusion

 

« … les apparences ne sont pas en leur (= plaisir, honneur, richesse) faveur et beaucoup d’arguments se trouvent accumulés contre eux. Ainsi donc, il faut laisser cela. »

 

2.3. L’opinion des philosophes amis

 

2.3.1. Objections générales à l’idée d’un bien universel

2.3.2. Objections spéciales

2.3.2.1. Les deux sortes de bien

2.3.2.2. Les biens en eux-mêmes ne répondent pas à une seule forme idéale

2.3.3. Objection définitive : l’inutilité d’un bien idéal

2.3.3.1. Objection

2.3.3.2. Réfutation

 

Nous laissons le bloc de texte 2.3. pour ce qu’il est, c’est à dire une réfutation des opinions de son ami et professeur Platon en ce qui concerne l’existence ou même l’utilité de l’existence d’une Idée du Bien en soi qui serait universel, un, d’une seule forme idéale, utile à tout le monde, une sorte de source créatrice céleste de toutes les formes de bien sur terre … . Après cette mise à mort, Aristote reviendra à ses propres arguments rationnels.

 

3. Arguments rationnels

3.1. Clarification d’un point acquis

 

Aristote écrit : « Puisqu’il apparaît différent d’une action à une autre, et d’une technique à une autre, puisque c’est une chose différente en médecine, dans la conduite des armées et ainsi de suite, qu’est-ce donc chaque fois que le bien, sinon ce pour quoi l’on exécute tout le reste ? Voilà ce qu’est en médecine la santé, en conduite militaire la victoire… »

 

3.1.1. Clarification : le bien parfait, c’est la fin ultime

 

« Puisqu’il y a manifestement plusieurs fins et que nous en choisissons certaines en raison d’autres (par exemple la richesse), il est évident que toutes ne sont pas finales. Mais le bien suprême, lui, est quelque chose de final visiblement. »

 

3.1.2. La fin ultime, c’est le bonheur

 

« … est simplement final le bien digne de choix en lui-même en permanence et jamais en raison d’un autre. Or, ce genre de bien, c’est dans le bonheur surtout qu’il consiste, semble-t-il. Nous le voulons en effet toujours en raison de lui-même et jamais en raison d’autre chose. »

 

3.1.3. Confirmation : le bonheur se suffit à lui-même

 

« Le bonheur paraît quelque chose de final et d’autosuffisant, étant la fin de tout ce qu’on peut exécuter. »

 

3.2. L’essence du bien suprême

 

« On attend … pour plus de clarté, que soit formulée son essence. Or, on peut rapidement y arriver si l’on parvient à concevoir l’office de l’homme. »

 

3.2.1. L’office de l’homme

 

« De même que … tout artiste et globalement ceux qui ont un certain office et une certaine action à exécuter semblent trouver, dans cet office, leur bien et leur excellence, de la même façon, on peut croire que l’homme aussi se trouve dans cette situation…»

 

« Ou bien, peut-on poser qu’à l’exemple de l’œil, de la main, du pied et en somme chacun de ses membres, qui ont visiblement un office, l’homme aussi en a un, à côté de tous ceux-là ? Alors, que peut-il donc bien être ? »

 

« (a) Vivre … constitue manifestement un office qu’il a en commun avec les plantes … or on cherche ce que lui est propre …(b)  il aurait une vie sensitive … elles est commune au cheval, au bœuf… (c) Reste donc une certaine vie active à mettre au compte de ce qu’il a de rationnel, c’est-à-dire ce qui, d’un côté, obéit à la raison et, de l’autre, la possède et réfléchit. »

 

3.2.2. La définition du bien humain par le genre et la différence spécifique

 

« … nous soutenons qu’un même office, je veux dire un même genre d’office, appartient à tel individu et à son homologue vertueux, par exemple, au cithariste et au bon cithariste… la supériorité conférée par la vertu s’ajoute à l’office … .  (Donc) le bien humain devient un acte de l’âme qui traduit la vertu… »

 

3.3. Limites de l’argument

3.3.1. C’est une esquisse que chacun peut parfaire

3.3.2. Mise en garde : rappel  des exigences méthodologiques

 

4. Confirmation : retour aux opinions

4.1. Première confirmation : les biens de l’âme

4.2. Deuxième confirmation : le bonheur et ses composantes

4.2.1. La requête d’une vertu

4.2.2. La requête du plaisir

4.2.3. La requête du beau

4.2.4. La requête des biens extérieurs

 

Dans ce texte, Aristote reprend les opinions populaires concernant le bonheur, y compris les opinions de «’personnages réputés’. Il vérifie si ces opinions sont en accord avec sa théorie. « Ces deux sortes d’opinions ne peuvent logiquement se fourvoyer complètement sur l’ensemble des points. Au contraire, sur un point quelconque au moins, voire sur la grosse majorité, elles doivent correspondre à un jugement correct. ». Ces opinions parlent des biens de l’âme, de la vertu, de la requête du plaisir et du beau, des biens extérieurs (richesse, pouvoir politique, une famille honorable, de bons enfants…). Aristote trouve que ses arguments sont en accord avec ceux-là.

 

5. le bonheur dépend de nous

Je résume : le bonheur, serait-ce un don des dieux, de la fortune, ou viendrait-il de nous ?

5.1. Un bien divin

Aristote dit clairement que ce livre n’est pas le lieu pour discuter des dons des dieux si ces dons existent. Il concède seulement que le bonheur est un don divin, au sens de  la métaphore, et proche de la félicité.

5.2. Un bien indépendant de la fortune

Aristote écrit : « confier ce qu’il y a de plus grand et de plus beau à la fortune serait par trop étourdi. »

5.3. Confirmations

Dans ce paragraphe, il rappelle des éléments divers, par exemple

Ø que le bien suprême est une activité de l’âme qui doit à la vertu une certaine qualité,

Ø que la politique met le plus grand soin à faire que les citoyens possèdent certaines qualités, qu’ils soient bons et en mesure d’exécuter ce qui est beau,

Ø que les enfants ne peuvent pas être considérés comme heureux car incapables de faire de telles actions

 

6. Le bonheur est définitif

Il dit que le bonheur n’a rien en commun avec la ‘roue’ de la fortune. Cela implique-t-il qu’on ne peut déclarer quelqu’un heureux après sa mort ?

 

6.1. Le bonheur ne peut être rejeté après sa mort

Cette hypothèse lui semble complètement déplacée car il défend l’idée que le bonheur est une sorte d’activité

 

6.2. Le bonheur ne pourrait être affecté après la mort

Réaction contre Solon. Aristote trouve étrange que la personne décédée partage encore les vicissitudes de sa descendance et à certains moments accède au bonheur, puis à d’autres, retourne à la misère.

 

6.3. Le bonheur est stable

Aristote remarque : « En fait, si l’on ne veut pas déclarer heureux les gens en vie, c’est en raison des vicissitudes de la vie et parce qu’on se fait du bonheur l’idée d’une chose ferme et malaisée à renverser de quelque façon que ce soit, alors que la roue de la fortune tourne souvent pour les mêmes individus. Il est clair, en effet, que si nous suivons pas à pas les caprices de la fortune, nous allons souvent dire que le même individu est heureux ou malheureux tour à tour, donnant de l’homme heureux l’image d’une sorte de caméléon … »

 

6.4. La stabilité du bonheur ne tient pas à la fortune mais à l’activité vertueuse

« … s’en remettre aux caprices de la fortune est incorrect de toutes façons. Ce n’est pas à eux que tient le fait de vivre bien ou mal ; Au contraire, ils offrent les supplément dont a besoin l’existence humaine … et ce qui en décide souverainement, ce sont les actes vertueux … aucune des œuvres humaines ne présente autant de solidité que les activités qui sont vertueuses. Elles sont … plus stables que les sciences, semble-t-il. »

 

6.5. Le bonheur n’est pas assombri par des infortunes graves

« … les revers … ils entament et gâtent la félicité car ils accumulent chagrins et obstacles à bien des activités. Et pourtant, même dans ces cas, on voit dans tout son éclat ce qui est beau, chaque fois que quelqu’un supporte sans aigreur des infortunes nombreuses et de taille, non par insensibilité à la douleur, mais parce qu’il possède noblesse et grandeur d’âme. »

 

6.6. L’infortune, même grave, ne fait pas le misérable

« … l’homme véritablement bon et sensé, croyons-nous, supporte tous les caprices de la fortune en faisant bonne figure et tire de ce qui est à sa disposition de quoi toujours accomplir les plus belles actions, exactement comme un (bon) chef militaire … »

 

6.7. Le bonheur peut exister sans une félicité constante

6.8. Le bonheur est très diversement affecté par la fortune des proches

6.9. Le bonheur des défunts est pratiquement hors d’atteinte

 

7. Le bonheur est au-dessus des vertus louables

7.1. Les qualités louables

7.2. Le bonheur dépasse le louable

7.3. Conclusion : le bonheur tient de l’honorable

 

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DEUXIÈME PARTIE : LA VERTU

 

1. Introduction : raisons d’examiner la vertu

Aristote écrit : « … dès lors que le bonheur est une certaine activité de l’âme exprimant la vertu finale, il faut accorder à la vertu un examen car ainsi nous pourrons encore mieux voir ce qu’il en est du bonheur. »

 

2. Préliminaires : l’âme humaine

 

2.1. Besoin d’une certaine connaissance de l’âme

« Mais la vertu à examiner est la vertu humaine … Or, on appelle vertu humaine, non celle du corps mais celle de l’âme ; et d’ailleurs, le bonheur est une activité de l’âme. »

 

2.2. Des conceptions courantes suffisent

« car pousser plus (donc : trop) loin le souci de rigueur est un labeur qui excède ses ( = d’Aristote) projets ; »

 

2.3. L’irrationnel et le rationnel

« … l’âme a une part irrationnelle et une part qui détient la raison … »

 

2.4. Les deux aspects de l’irrationnel

2.4.1. Le végétatif et sa vertu non humaine

« De son côté, l’irrationnel … a l’air d’être commun à tous les vivants et d’appartenir aux plantes. je veux parler de la part qui est responsable de la nutrition et de la croissance … é cette capacité-là correspond une certaine vertu commune qui, manifestement, n’est pas humaine. Il semble que ce soit durant les périodes de sommeil que s’active le plus la partie de l’âme en question ou cette capacité. Or, la période ou l’homme bon et le méchant se distinguent avec le moins d’évidence, est celle du sommeil. »

 

2.4.2. L’appétitif qui s’oppose à la raison

« Cependant… il y a encore dans la nature de l’âme, une autre partie irrationnelle qui, elle, participe toutefois de la raison par un côté. … Prenons le continent et l’incontinent. Nous louons leur raison à tous deux ou la partie rationnelle de leur âme, parce que ses injonctions sont correctes et qu’elle invite aux actions les meilleures. Mais manifestement, il y a aussi en eux une autre chose, naturellement distincte de la raison, qui est en conflit avec elle et qui lui résiste… »

 

2.4.3. Cet irrationnel est susceptible d’obéir à la raison

Cette ‘irrationalité rationnelle’ … « est aux ordres de la raison chez le continent et peut-être est-elle plus encore à son écoute chez le tempérant et le courageux, puisque, en tout, chez eux, elle s’accorde à la raison. » 

 

2.4.4. Conclusion : l’irrationnel rationnel

« Visiblement, l’irrationnel lui-même est double, puisque le végétatif n’a d’aucune façon part à la raison, tandis que l’appétitif ou globalement le désidératif y participe d’une certaine façon, c’est à dire dans la mesure où il est à son écoute et prêt à lui obéir… S’il faut soutenir que cette partie de l’âme est, elle aussi, rationnelle, il y aura dès lors deux parties rationnelles : l’une, au sens fort, qui possède la raison en elle-même, et l’autre qui est susceptible de l’écouter d »une certaine façon, comme on écoute son père. »

 

2.5. Vertus morales et vertus intellectuelles

« … les distinctions qu’appelle la vertu s’opèrent d’après cette différence. Nous disons en effet qu’il y a des vertus intellectuelles et des vertus morales, que la sagesse, la compréhension, la sagacité sont d’ordre intellectuel, mais la générosité et la tempérance, d’ordre moral. »

 

3. D’où viennent les vertus ?

 

3.1. La vertu morale est le fruit de l’habitude, non de l’enseignement

Aristote écrit : « Si elle (= la vertu) est intellectuelle, c’est en grosse partie à l’enseignement  qu’elle doit de naître et de croître. C’est précisément pourquoi elle a besoin d’expérience et de temps. Mais si elle est morale, elle est le fruit de l’habitude. C’est même de là qu’elle tient son nom… »

 

3.2. Elle n’est pas donné naturellement

« … aucune des vertus morales ne nous est donnée naturellement. »

 

3.2.1. Premier argument

« En effet, rien de ce qui est naturel ne se modifie par habitude. Ainsi, la pierre qui …ce n’est ni naturellement, ni contre nature, que nous sont données les vertus. Au contraire, la nature nous a faits pour les recevoir, mais c’est en atteignant notre fin que nous les acquérons, par le moyen de l’habitude. »

 

3.2.2. Second argument

« … tout ce que la nature met à notre disposition, nous l’apportons d’abord sous forme de capacités, et ensuite nous y répondons par nos actes, comme on le voit précisément dans le cas des sens …les vertus, nous les tirons d’actes préalables, comme c’est le cas des techniques … c’est en bâtissant qu’on devient bâtisseur … c’est en exécutant des actes justes que nous devenons justes … . »

 

3.2.3. Confirmation

« En témoigne d’ailleurs encore ce qui se passe dans les Cités … »

 

3.3. Similitude entre les actions et les états qui en procèdent

« … bien bâtir fera de bons bâtisseurs, et mal bâtir de mauvais. S’il n’en allait pas de la sorte, on n’aurait nul besoin de quelqu’un pour enseigner le métier ; tout le monde, au contraire, serait né bon artisan ou mauvais. … Tel est donc aussi le cas des vertus. … il y a similitude entre les actes et les états qui en procèdent. »

 

3.4. Conclusion : l’importance des premières habitudes

« L’importance de contracter telle ou telle habitude dès la prime jeunesse n’est donc pas négligeable, mais tout à fait décisive … »

 

4. Comment agir vertueusement

« Dès lors donc que le présent travail n’a pas pour but, comme les autres, l’élaboration d’une théorie (ce n’est pas en effet pour savoir ce qu’est la vertu que nous nous livrons à un examen, mais pour devenir bons …) il est nécessaire de considérer la particularité des actions en s’interrogeant sur la manière dont il faut accomplir celles-ci, puisque ce sont elles qui déterminent souverainement jusqu’aux qualités acquises par les états, ainsi que nous l’avons dit. »

 

4.1. Hypothèse commune et préalable

« Telle étant donc la question, « agir selon la raison correcte » est la réponse commune et c’est l’hypothèse qu’il faut retenir. On dira … plus tard … ce qu’est la raison correcte et son rapport aux autres vertus. »

 

4.2. L’équilibre entre l’excès et le défaut favorise et préserve la vertu

« …on doit, pour ce qui n’est pas clair, prendre à témoin ce qui l’est ; or c’est ce que nous voyons dans le cas de la vigueur et de la santé : en effet, l’excès de gymnastique et son défaut ruinent la vigueur et, pareillement, le boire et le manger en trop grande ou trop petite quantité ruinent la santé, tandis que, en quantité mesurée, ils la produisent, l’accroissent et la conservent. … Pareillement, celui qui jouit de chaque plaisir et ne se garde d’aucun, devient intempérant, tandis que celui qui les fuit tous, comme font les rustres, devient quelqu’un d’insensible. »

 

 

4.3. L’équilibre renforce les capacités

« … si l’on devient vigoureux à force de prendre beaucoup de nourriture et d’assumer de nombreuses tâches pénibles, il est vrai aussi qu’on sera surtout capable de faire cela si l’on est vigoureux. … c’est ce qui s’observe également dans le cas des vertus … lorsque nous prenons l’habitude de mépriser ce qui fait peur et de l’affronter, nous devenons courageux et c’est une fois que nous le serons devenus que nous serons surtout capables d’affronter ce qui fait peur. »

 

4.4. Le plaisir manifeste l’état vertueux

« … on doit tenir pour indices des états vertueux, le plaisir ou le chagrin qui s’ajoutent aux œuvres entreprises. Qui se garde … des plaisirs corporels et trouve à cela même de la joie, est tempérant, tandis que celui qu’indispose cette réserve est intempérant. »

 

 

5. La vertu morale met en jeu plaisir et chagrin (les arguments)

 

a. « Plaisirs et chagrins sont … en jeu lorsqu’il s’agit de vertu morale,  car c’est le plaisir qui nous fait commettre les mauvaises actions et c’est  la peine qu’elles nous causent qui nous fait nous abstenir des belles. »
Aristote rappelle l’importance de l’éducation : « dès la prime jeunesse, il faut apprendre à se réjouir et à se chagriner à bon escient. »

 

b. Les vertus mettent en jeu actions et affections, lesquelles mettent en jeu plaisir et chagrin. Donc, la vertu doit mettre en jeu plaisir et chagrin.

 

c. Les châtiments et sanctions, qui recourent aux mêmes moyens de plaisir et de chagrin, suggèrent cela également.

 

d. La vertu est l’état, quand plaisirs et chagrins sont en jeu, de nature à faire exécuter ce qu’il y a de mieux, tandis que le vice c’est le contraire.

 

e. « Il y a trois choses, en effet, qui entrent en ligne de compte dans nos choix et trois aussi dans nos refus : le beau, l’utile et l’agréable, dont les contraires sont le laid, le nuisible et le désagréable. En tout cela, l’homme bon est du genre qui réussit à se comporter correctement, tandis que le vivieux est du genre de s’égarer. Mais c’est surtout le cas quand le plaisir est en question car celui-ci, …, accompagne tout ce qui peut faire l’objet d’un choix. Le beau et l’utile, en effet, ont une apparence agréable. »

 

f. « De plus, dès le berceau, nous avons tous connu le plaisir qui a grandi avec nous … »

 

6. Conditions des actes vertueux (approfondissement)

 

6.1. Difficulté : comment distinguer une belle action  d’un acte vertueux?

« Mais on peut se demander ce que nous voulons dire en affirmant qu’on doit exécuter ce qui est juste pour devenir juste et ce qui est tempérant pour devenir tempérant. En effet, si l’on exécute ce qui est juste et tempérant, c’est qu’on est déjà juste et tempérant ! De même si l’on écrite et fait de la musique, c’est qu’on sait écrire et qu’on est musicien. »

 

6.2. Réponse : les traits distinctifs d’un acte vertueux

 

« On ne sera … quelqu’un qui sait écrire qu’au moment où, traçant des lettres, on le fait à la manière de celui qui sait le faire, c’est-à-dire en manifestant l’art d’écrire qui est en soi-même. … Mais il est en plus une différence entre les techniques et les vertus. … Les actions que produisent les vertus, même si elles possèdent telle ou telle qualité, ne sont pas … des actions de justice ou de tempérance. Au contraire, il faut encore que l’agent les exécute dans un certain état : d’abord, il doit savoir ce qu’il exécute, ensuite, le décider et, ce faisant, vouloir les actes qu’il accomplit pour eux-mêmes ; enfin, troisièmement, agir dans une disposition ferme et inébranlable. … Et ce sont elles précisément (les deux dernières, note à moi) qui surviennent à force d’exécuter souvent ce qui est juste et tempérant.»

 

6.3. Conclusion

«On a donc bien raison de dire que c’est à force d’exécuter ce qui est juste qu’on devient juste … Et sans agir de la sorte, nul n’a la moindre chance de devenir bon.»

 

6.4. Vanité de la philosophie sans des habitudes vertueuses

«Mais voilà ! La plupart n’agissent pas ainsi et cherchent refuge dans l’argumentation, croyant se concentrer à la philosophie et ainsi pouvoir être vertueux. Ils font un peu comme les personnes souffrantes qui écoutent attentivement parler leurs médecins, mais ne font rien de ce qu’ils prescrivent.» 

 

 

7. Nature de la vertu

« Mais il faut ensuite considérer ce qu’est la vertu. »

 

7.1. Parmi les traits de l’âme, quel est son genre?

« Dès lors donc que l’âme donne lieu à trois choses : des affections, des capacités des états. la vertu doit être l’une de ces choses.

De par affection, j’entends : appétit, colère, crainte, intrépidité, envie, joie, amour, haine, tristesse, jalousie, pitié… en somme ce qui entraîne à sa suite plaisir et chagrin.
Par capacités : ce qui fait dire que nous sommes enclins à ses affections, par exemple, que nous sommes capables de colère ou de chagrin ou de pitié.
 Et par états : ce qui fait que nous sommes, relativement à ces affections, dans des bonnes ou de mauvaises dispositions. Si, par exemple, nous avons pour la colère de fortes ou de faibles dispositions, nous sommes mal disposés, mais si nous y sommes moyennement disposés, c’est une bonne disposition. Et il en a de même relativement aux autres affections. »

 

7.1.1. La vertu n’est pas une affection

« Ainsi donc, pas question de tenir pour des affections les vertus, ni les vices, (a ) parce que ce ne sont pas les affections qui nous font taxer de vertueux ou de vicieux, alors que les vertus ou les vices nous valent ces étiquettes.
Et aussi, (b) parce que les affections ne nous valent ni louanges ni blâmes. On ne loue pas, en effet, celui qui éprouve la peur … non plus celui qui se met simplement en colère, mais celui qui le fait dans certaines conditions. En revanche, les vertus et les vices nous valent louanges et blâmes.
(c) En plus, nos accès de colère et de peur ne sont pas décidés, tandis que les vertus correspondent à certaines décisions ou du moins ne vont pas sans elles.
(d) Et de surcroit, les affections nous font dire que nous sommes remués… »

 

7.1.2. La vertu n’est pas une capacité

« Or, pour ces raisons, ce ne sont pas non plus des capacités … »

 

7.1.3. La vertu est un état

 

7.2. Quelle est la différence dans ce genre ?

« On doit cependant ne pas se borner à déclarer qu’elle est un état, mais encore indiquer quelle sorte d’état. »

 

7.2.1. L’état qui parfait l’office de l’homme

« la vertu de l’œil fait que l’œil est parfait et remplit bien son office, car la vertu de l’œil fait que nous voyons bien. … Dès lors, s’il en va de la sorte dans tous les cas, la vertu de l’homme doit aussi être l’état qui fait de lui un homme bon et qui lui permet de bien remplir son office propre. »

 

7.2.2. Comment est-ce possible ?

7.2.2.1. Le milieu jugé relativement à nous

« le milieu déterminé relativement à nous, c’est ce qui n’est pour nous, ni trop ni trop peu : or ce milieu n’est pas une chose unique, ni la même pour tous. »

 

7.2.2.2. La vertu fait viser le milieu

« Ainsi, quiconque s’y connaît fuit alors l’excès et le défaut. Il cherche au contraire le milieu et c’est lui qu’il prend pour objectif. Et ce milieu n’est pas celui de la chose, mais celui qui se détermine relativement à nous. »

 

7.2.3. Donc, la vertu morale est une moyenne

« Je parle de la vertu morale, car c’est elle qui concerne affections et actions. Or, dans ce domaine, il y a excès, défaut et milieu. Exemple : on peut se montrer intrépide, nourrir des appétits, s’irriter, s’apitoyer et, en somme, éprouver du plaisir et du chagrin, tantôt plus, tantôt moins et, dans les deux cas, sans que ce soit à bon escient : mais le faire quand on doit, pour les motifs, envers les personnes, dans le but et de la façon qu’on doit, constitue un milieu et une perfection ; ce qui précisément relève de la vertu. – Et pareillement, dans les actions, il y a aussi excès, défaut et milieu. »

 

7.2.4. Cette moyenne est une excellence

 

7.3. Définition de la vertu

Par conséquent, la vertu est un état décisionnel qui consiste en une moyenne, fixée relativement à nous. C’est sa définition formelle et c’est ainsi que la définirait l’homme sagace. D’autre part, elle est une moyenne entre deux vices, l’un par excès, l’autre par défaut ; et cela tient encore au fait que les vices, ou bien visent en deçà, ou bien vont au-delà de ce qui est demandé dans les affections et les actions, alors que la vertu découvre le milieu et le choisit. »

 

7.4. Précisions

7.4.1. La vertu est par ailleurs une extrémité

« La vertu est une moyenne mais dans l’ordre de la perfection et du bien, elle constitue une extrémité. »

 

7.4.2. Le mal sans excès ni défaut

« D’autre part. il n’y a pas dans tout genre d’action ou d’affection une moyenne à trouver. Quelques-unes, en effet, ont un nom qui, d’emblée, les associe à la perversité : par exemple … l’impudence, l’envie et, parmi les actions, l’adultère, le vol. le meurtre. »

 

8. Aperçu des dispositions particulières

 

Ici, Aristote annonce un virement. Sa définition de la vertu, à l’aide du schéma défaut – excès – moyenne est ‘universelle’, donc abstraite et creuse, et doit être confrontée aux actions et faits particuliers car les définitions qui portent sur le particulier « font mieux voir la vérité ».

 

8.1. Quand sont en jeu la peur et l’intrépidité

Il y sera question du courage, de la témérité, de l’intrépidité et de la lâcheté.

 

8.2. Quand sont en jeu les plaisirs et les peines

Il parlera de l’intempérance et de la tempérance.

 

8.3. Quand sont en jeu les questions d’argent

8.3.1. S’il s’agit de petites sommes

Aristote annonce des précisions rigoureuses au sujet de la générosité, la prodigalité et de l’avarice.

 

8.3.2. S’il s’agit de grandes sommes

Il traitera de la magnificence, de l’ostentation, de la vulgarité et la mesquinerie.

 

8.4. Quand sont en jeu les honneurs

8.4.1. S’il s’agit d’honneurs considérables

A l’ordre de jour : l’infamie, la magnanimité, la pusillanimité.

 

8.4.2. S’il s’agit d’honneurs ordinaires

Au centre de l’attention : l’ambition et la modestie

 

8.5. Quand la colère est en jeu

Il sera question de la moyenne qui est la douceur de caractère, de l’excès qui est l’irascibilité, et de l’incapacité de s’irriter. Aristote souligne qu’il n’y a pas toujours un nom ou un mot pour tel ou tel affection ou disposition.

 

8.6. Quand sont en jeu les relations sociales

Ici, il annonce trois autres ‘moyennes’ qui n’ont pas de vrai nom. Elles concernent les échanges, en paroles ou en actions, de la vie en société, en ce qui concerne le vrai et l’agréable. Là encore, la plupart des dispositions n’ont pas de nom.

 

8.6.1. Sous le rapport du vrai

Il y sera question de franchise, de simulation, d’exagération, de vantardise, de dénigrement et de raillerie.

 

8.6.2. Sous le rapport de l’amusement

Cette sous-division traitera de l’enjouement, de la bouffonnerie et de la rusticité.

 

8.6.3. Sous le rapport de l’agréable en général

Il s’agira de l’agrément dans le reste de l’existence, de l’amabilité, de la complaisance, de la flatterie, et de tous ces gens qu’on peut taxer de désagréable, de fâcheux et de bilieux.

 

8.7. Quand sont en jeu des affections

Dans les affections aussi, il y a place pour des moyennes.

 

8.7.1. La pudeur

Celui qui tient le milieu est pudique, celui qui rougit de tout est pudibond, au contraire de celui qui manque de réserve ou n’a honte d’absolument rien.

 

8.7.2. L’indignation

L’indignation est une moyenne entre l’envie et la jubilation maligne. Ce qui est en jeu, c’est le chagrin ou le plaisir suscités par ce qui arrive aux autres.

 

8.8. D’autres cas

Aristote annonce que la justice et les vertus rationnelles forment des cas à part et seront traité dans des chapitres différents.

 

9. Comment s’opposent les dispositions ?

9.1. Le moyen relativement aux extrêmes

9.2. Les extrêmes entre eux

9.3. Chacun des extrêmes comparé au moyen

 

Aristote explique le jeu formel des oppositions qui règnent entre les trois dispositions de l’âme humaine : défaut, moyenne, excès. Par exemple, les états moyens sont des excès par rapport aux états de défaut et … « si l’on se fie à ce qu’ils (= les gens) disent, le courageux, dans la bouche du lâche, est un téméraire, mais dans la bouche du téméraire, il est lâche. »

 

10. Conclusions

10.1. Résumé

« On a donc dit que la vertu morale est une moyenne et en quel sens ; que c’est une moyenne eontre deux vices, l’un par excès, l’autre par défaut : et que, s’il en va de la sorte, c’est parce qu’eIle fait viser le milieu dans les affections et les actions. »

 

10.2. Difficulté d’être vertueux

« Voilà ainsi pourquoi c’est un travail d’être vertueux car, en chaque chose, c’est un travail de prendre le milieu : ainsi, prendre le milieu du cercle n’est pas à la portée de tout le monde, mais exige le savoir. Or, de la m le façon, si se mettre en colère est à la portée de tout le monde et chose facile. comme de donner de l’argent et en dépenser, en revanche, le faire en faveur de la personne qu’il faut, dans mesure, au moment, dans le but et de la manière qu’il faut, ce n’est plus à la portée de tout le monde ni chose facile. Voilà précisément pourquoi le bien est chose rare et belle. »

 FIN DE LA 2e PARTIE


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