26/08/2009

ARISTOTE 13


ARISTOTE à petite dose (13)

 ÉTHIQUE A NICOMAQUE

 Traduction, notes et bibliographie par Richard Bodéus

Titres et sous-titres reproduits tels qu’ils ont été publiés dans l’édition des « Grands Philosophes » de Flammarion, 2008 ;

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 Mon objectif

1.     Réunir les différentes idées d’Aristote et de son temps, même si ces idées ne nous concernent plus.

2.     En découvrir l’organisation intérieure et les liens hiérarchiques.

3.     Formuler les questions qu’Aristote se posait.

4.     Me faire une idée rationnelle du BONHEUR.

 

TROISIÈME PARTIE : CONSENTEMENT, DÉCISION, RESPONSABILITÉ

 

1. Le consentement

 

1.1. Nécessité et utilité de sa définition

« La vertu met donc en jeu des affections et des actions, lesquelles, lorsqu’elles sont consenties, donnent lieu à des louanges ou des blâmes, mais qui lorsqu’elles ne le sont pas, appellent l’indulgence et parfois même la pitié. Ce qui est consenti et ce qui ne l’est pas doivent donc sans doute nécessairement faire l’objet d’une définition…» 

 

1.2. Ce qui n’est pas consenti

« Or semblent non consentis les actes qui s’accomplissent (a) par violence (b) par ignorance. »

 

1.2.1. L’acte accompli par violence

« … semble accompli par violence l’acte dont le principe vient de l’extérieur, un tel principe étant celui où l’on ne trouve aucune contribution de l’agent ou du patient. Ainsi, dans le cas où une bourrasque l’emporte quelque part… »

 

1.2.1.1. Cas litigieux : les choix contraints

« Mais il y a tous les cas où (a) c’est par crainte de plus grands maux qu’un acte est exécuté, (b) ou en raison d’un beau motif. (…) Ces cas sont matière à controverse : sont-ce des actes non consentis ou bien sont-ils consentis?? Et une situation semblable se produit encore dans le cas de cargaisons jetées par-dessus bord dans les tempêtes :à voir en effet les choses simplement, personne, ne se débarrasse de plein gré de sa cargaison, mais pour son propre salut et celui du reste de l’équipage, tous les marins le font s’ils sont intelligents. »     

 

1.2.1.2. Solution : le choix prime la contrainte

« Ainsi donc, de telles actions sont embrouillées, mais elles ont plutôt l’air d’être consenties. (a) Elles font en effet l’objet d’un choix au moment où on les exécute. (b) D’autre part, la fin de l’action est une question d’opportunité, il faut donc aussi se prononcer sur le caractère consenti ou non de l’action au moment où elle s’exécute… »

 

1.2.1.3. Confirmation : louange, indulgence, actes inexcusables

 

1.2.1.4. Conclusions

« Dans quelles conditions (…) faut-il soutenir que des actes sont accomplis par violence ? À voir ces choses simplement, c’est chaque fois que la responsabilité s’en trouve dans les circonstances extérieures et que l’agent n’y contribue en rien. Mais ce qui ce qui, en soi, ne peut être consenti, peut être maintenant préférable en échange de ceci, et son principe se trouve dans l’agent ; ce genre d’acte est donc en soi non consenti, mais consenti maintenant et en échange de ceci. Or s’il a plutôt l’allure des actes consentis, c’est que les actions appartiennent au particulier et que le particulier est ce qui fait l’objet du consentement.»

 

1.2.1.5. L’agréable et le beau ne sont pas des contraintes

 

1.2.2. L’acte accompli par ignorance

« …ce qu’on fait par ignorance exclut toujours le consentement. »

 

1.2.2.1. Ignorance ne veut pas toujours dire : sans consentement

« Toutefois, est non consenti ce qui entraîne du chagrin et implique du regret. En effet, celui qui, par ignorance, a exécuté un forfait quelconque sans éprouver le moindre déplaisir à son action se trouve n’avoir pas exécuté ce forfait en consentant,(…). Mais, par ailleurs, il n’a pas non plus agi contre son consentement si tant est qu’il n’en éprouve pas de chagrin ! Par conséquent, celui qui se trouve au regret d’un acte commis par ignorance semble, lui, l’avoir commis contre son consentement,  tandis que celui qui n’en a pas de regret, son cas est différent et il faut dire seulement qu’il ne l’a pas fait en y consentant. Vu la différence, mieux vaut en effet avoir une expression propre. »

 

1.2.2.2. Agir par ignorance ne veut pas dire agir dans l’ignorance

«  … sous le sous le coup de l’ivresse ou de la colère, on ne semble pas agir par ignorance, mais en raison d’une des affections susdites, c’est-à-dire sans savoir ce qu’on fait et donc dans l’ignorance.
Ainsi donc, tout méchant ignore ce qu’il doit réellement accomplir et ce dont il lui faut se garder ; c’est même en raison de ce genre de déviation que les hommes deviennent injustes et globalement mauvais. Mais le non-consentement dont on veut parler exclut l’hypothèse où l’on ignore son intérêt. En effet, l’ignorance impliquée dans la décision d’agir du méchant n’entraine pas son non-consentement à l’action ; au contraire, elle est seulement responsable de sa méchanceté. D’ailleurs, l’ignorance d’un principe universel ne l’entraîne pas non plus, car elle suscite, à elle seule, le blâme. » 

 

1.2.2.3. Agir par ignorance veut dire dans l’ignorance d’une circonstance particulière

«… ce qui entraîne … le non-consentement, c’est l’ignorance des circonstances particulières où se déroule l’action et qui sont en jeu avec elle. C’est alors, en effet, qu’il y a place pour la pitié et l’indulgence, car celui qui ignore l’une de ces circonstances agit contre son gré.»

 

1.2.2.4. Les circonstances particulières de l’action

« il s’agit de savoir : (a) qui est l’agent, (b) ce qu’il exécute et (c) ce qui est en jeu ou bien fournit à l’action sa matière ; mais parfois aussi (d) par quel moyen on agit (ce peut être, par exemple, à l’aide d’un instrument, (e) dans quelle intention (ce peut être. par exemple pour sa sauvegarde) et (f) de quel manière (ce peut être, par exemple, avec douceur ou avec force). »

 

1.2.2.5. Conclusion

Dès lors que l’ignorance peut être invoquée touchant chacune de ces circonstances que suppose l’action, celui qui n’a pas eu connaissance de l’une d’entre elles se trouve avoir agi. semble-t-il, contre son gré. Et principalement dans les cas où ce sont les circonstances les plus importantes qui ont été ignorées. Or les plus importantes des circonstances que suppose l’action semblent être (c) < la nature de l’acte exécuté ;> et (e) l’intention à laquelle celle-ci répond. » 

 

1.3. Définition de l’acte consenti

« …l’acte consenti sera dès lors, semble-t-il, celui dont le principe réside dans l’agent qui connaît chacune des circonstances particulières que suppose son action. »

 

1.3.1. Ce que suscitent l’ardeur et l’appétit est consenti


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