07/09/2009

ARISTOTE 16


ARISTOTE à petite dose (16)

 

ÉTHIQUE A NICOMAQUE

 

Traduction, notes et bibliographie par Richard Bodéus

Titres et sous-titres reproduits tels qu’ils ont été publiés dans l’édition des « Grands Philosophes » de Flammarion, 2008 ;

 

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Méthode : reproduction de résumé et d’extraits (en italiques)

 

Mes objectifs

1.     Réunir les différentes idées d’Aristote et de son temps, même si ces idées ne nous concernent plus.

2.     En découvrir l’organisation intérieure et les liens hiérarchiques.

3.     Formuler les questions qu’Aristote se posait.

4.     Me faire une idée rationnelle du BONHEUR.

 

QUATRIÈME PARTIE : LES VERTUS MORALES PARTICULIÈRES

 

1. Introduction

« … dans leur ensemble, les vertus dont nous avons parlé et esquissé le genre sont des moyennes et des états ; elles ont pour origine les mêmes actions qu’elles engagent d’elles-mêmes à exécuter ; elles sont à notre portée, et relèvent du consentement {et comme le prescrirait la raison correcte)».

 

2. Le courage

« Qu’il y ait une moyenne quand sont en jeu les manifestations de crainte ou d’intrépidité, c’est une évidence déjà notée. »

 

2.1. La crainte

« nous craignons bien évidemment tout ce qui est effrayant, c’est-à-dire, en un mot, mauvais. C’est précisément pourquoi l’on définit la crainte comme l’appréhension d’un mal ».

 

2.1.1. Les craintes sans rapport avec le courage proprement dit

« Ainsi donc, nous craignons tous les les maux : par exemple l’infamie, la pauvreté, la maladie, l’absence de proches, la mort… Mais tous ne sont pas en cause quand on passe pour être courageux. En effet, il y a un certain nombre de maux qu’on doit craindre, c’est-à-dire qu’il est beau de craindre et mal de ne pas le faire. Ainsi, l’infamie, ….
La pauvreté, pour sa part, n’est peut-être pas une chose qu’on doit craindre, ni la maladie, ni globalement aucun des maux qui ne viennent pas d’un vice  dont on n’est pas soi-même la cause. Mais celui qui n’a pas de peur à cet égard n’est pas pour autant courageux. »

 

2.1.2. La peur des dangers de la guerre

« Devant quel genre de maux redoutables se révèle donc le courageux? Ne sont-ce pas les maux les plus grands ? … le plus redoutable, c’est la mort, parce qu’elle constitue une limite et qu’il n’y a, semble-t-il, plus rien, quand on est mort, qui soit ni bon ni mauvais.
Cependant, on peut penser que ce n’est pas non plus en n’importe quel péril de mort que se révèle le courageux,… N’est-ce pas dans les plus beaux ? Or tels sont les dangers que suppose la guerre. Ils impliquent en effet le plus grand risque et le plus beau. … ajoutons que l’on se montre courageux quand il y a place pour une prouesse … » 

 

2.1.3. La crainte du courageux est humaine

« Quant au redoutable, … iI se présente aussi parfois comme un fléau qui dépasse la mesure humaine… les maux humainement redoutables sont eux-mêmes d’ampleur différente … Le courageux, cependant, est imperturbable autant qu’un homme puisse l’être. »

 

2.1.4. Paramètre (du courage)

« Ainsi donc, il craindra aussi ce genre de maux, mais comme il se doit. Et comme le veut la raison. … Les fautes viennent donc du fait qu’on craint tantôt ce qu’on ne doit pas, tantôt de la manière qu’on ne doit pas, tantôt quand on ne le doit pas ou pour une autre raison de ce genre. Et il en est de même quand sont en jeu les choses qui donnent de l’assurance. »

 

2.2. Le courageux poursuit ainsi ce qui est beau

« Ainsi donc, celui qui affronte dans sa crainte ce qu’il doit et pour la cause qu’il doit – il faut aussi que ce soit comme il doit et quand il doit, et qu’il soit intrépide de la même façon -, celui-là est courageux. »

 

2.3. Les excessifs

« (a) L’excessif par absence de crainte n’a pas de nom …Il doit s’agir toutefois d’une sorte de dément ou d’inaccessible à la douleur…

(b) Celui, en revanche, qui affiche une intrépidité excessive quand sont en jeu des dangers redoutables, est un téméraire. Mais le téméraire passe aussi pour un fanfaron, et pour quelqu’un qui incline à feindre plutôt le courage.
(c) Quant à celui qui nourrit une crainte excessive, c’est un lâche. Il craint en effet ce qu’il ne doit pas et comme il ne doit pas et tous les travers de ce genre lui sont attachés. …Le lâche est donc une sorte de pessimiste puisqu’il craint tout alors que le courageux est tout le contraire, car l’intrépidité est la marque de l’optimiste. » 

 

2.4. Le vrai courage : une moyenne

« Ainsi donc, les mêmes dangers sont partout en jeu, mais le lâche, le téméraire et le courageux adoptent me attitude différente devant eux. Les premiers en effet font preuve d’excès ou de défaut, alors que le dernier tient le milieu et adopte l’attitude qu’il doit : … les courageux sont vifs une fois à l’œuvre mais calmes auparavant »

 

2.4.1. Conclusion

« il est beau de le faire que le courageux prend le parti de faire front, ou parce qu’il est laid de ne pas le faire. En revanche, mourir pour fuir la pauvreté, un chagrin d’amour ou quelque chose de désagréable n’est pas le fait d’un courageux, mais plutôt d’un lâche. C’est mollesse … »

 

2.5. Les formes impropres du courage

2.5.1. Le courage civique

Je résume. Aristote parle des citoyens qui affrontent les dangers en raison des sanctions ou des marques d’opprobre qu’imposent les lois ou parce qu’il y a des honneurs à la clé. Idem pour les subordonnés, des soldats par exemple, qui tiennent leur rang sous la contrainte de leur supérieurs. Aristote résume : ce n’est pas par contrainte qu’on doit être courageux, mais parce que c’est beau.

 

2.5.2. L’expérience professionnelle

Je résume. Il y a des experts dans tous les domaines. Quand il s’agit de la guerre, les experts sont les soldats. Il existe beaucoup de situations sans péril à la guerre. Des soldats les choisissent et font ainsi semblant d’être courageux.

D’autres tirent une grande expérience défensive et offensive de leur expérience technique. Ces soldats semblent courageux mais peuvent vite devenir des lâches quand ils ont l’infériorité du nombre et de l’équipement. Alors, Ils fuient en redoutant la mort plus que la vilenie. Aristote pense que le courageux n’est pas comme ça.

 

2.5.3. L’ardeur

« D’autre part, on rapproche aussi l’ardeur du courage. En effet, semblent être courageux aussi ceux qui, par ardeur, se comportent comme les bêtes sauvages, chargeant les chasseurs qui les ont blessées. …, L’ardeur est un facteur qui incite très fort à affronter les dangers… Ainsi donc, bien que l’action des courageux soit motivée par ce qui est beau, l’ardeur leur sert d’auxiliaire, mais le comportement des bêtes est motivé, lui, par la peine… ceux qui se battent poussés par ce qu’ils éprouvent ainsi, quoique pugnaces, ne sont pas courageux pour autant. Ils n’ont pas en effet pour mobile ce qui est beau et ne se comportent pas de façon raisonnable mais suivent leur affection, bien qu’ils aient une attitude très similaire. »

 

2.5.4. L’optimisme

« Les optimistes ne sont pas non plus courageux, puisque c’est pour avoir souvent vaincu de nombreux adversaires qu’ils sont intrépides dans les dangers… Ils s’imaginent être les plus forts et n’avoir aucun mal à subir… Lle courageux… a pour caractéristique d’affronter tout ce qui est ou paraît redoutable à l’homme, parce que c’est beau et qu’il serait laid de ne pas le faire… C’est précisément pourquoi il semble plus courageux d’être sans peur et imperturbable dans les circonstances où la crainte surgit à l’improviste que dans les circonstances où elle est prévisible. »

 

2.5.5. L’ignorance

« paraissent encore courageuses les personnes qui sont dans l’ignorance. Et elles ne sont pas loin de celles que soutient l’optimisme. Cependant, elles leur sont inférieures dans la mesure où elles n’ont aucune justification, alors que les autres en ont. C’est précisément pourquoi celles-ci restent à faire front un certain temps tandis que les gens dans l’ignorance, qui se bercent d’illusions, dès qu’ils comprennent qu’il n’en va pas comme ils le soupçonnaient, ils déguerpissent. »

 

2.6. Observations finales

2.6.1. Le courage est pénible

« C’est donc le fait d’affronter les situations pénibles … qui vaut d’être . appelé courageux. Aussi bien le courage est-il chose pénible et à juste titre objet de louanges, puisque c’est plus difficile d’affronter les choses pénibles que de se garder des choses agréables. »

 

2.6.2. Le but du courage est agréable

« Il n’en semblera pas moins que le comportement courageux poursuit une fin agréable, quoique cela soit éclipsé par les circonstances qui l’entourent. Ainsi en va-t-il encore dans les concours gymniques. Les pugilistes … Et le grand nombre de ces coups fait que le but, qui est modeste, paraît n’avoir aucun agrément. Si donc tel est aussi le but que poursuit le courage, la mort et les blessures seront pénibles au courageux et envisagées par lui à contrecœur ; mais il les affrontera parce que c’est beau ou parce que c’est laid de ne pas le faire. »

 

2.6.3. Grandeur du courage

« plus la vertu qu’il possède sera complète et son bonheur parfait, plus la perspective de la mort l’affligera ! Car c’est surtout pour un tel homme que la vie a du prix et lui, qui va être privé des plus grands biens, il le sait. Or c’est cela qui est pénible… Toutes les vertus n’impliquent donc pas une activité agréable, sauf dans la mesure où l’on touche à la fin. »


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