09/09/2009

ANALYSE PHOTO 6


Analyse Photo 6

Invitation. Tout d'abord, soyez les bienvenus et merci de votre visite. Comme je ne suis pas satisfait de ce qui suit, voulez-vous bien envoyer vos suggestions et corrections à l'adresse p.vandepapeliere@skynet.be. Merci d'avance.

 

03-new0609 - Jeff Bark - Abandon

Première impression. Nous avons à faire à une composition photographique qui nous rappelle certains tableaux du 17e siècle, en particulier Caravage et sa technique du clair-obscur relativement dur.

Élément à savoir.  D'après ce que j'ai pu lire, cette photo daterait de 2006. Elle appartient à Jeff Bark et fait partie d'une série titrée ABANDON. Vous la trouverez sur le site http://jeffbark.com/

Pornographique ? Non. Le dictionnaire dit de la pornographie qu'elle décrit ou représente des actes sexuels dans le but bien avoué d'exciter le lecteur ou le spectateur. Cette photo ne représente rien qui puisse exciter de façon brutale. Pas d'action mais du repos. En plus, le sexe se trouve dans l'ombre. Nous sommes bien loin des photos de SAUDEK.

Érotique ? Peut-être bien. L'érotisme, selon le dictionnaire, est un ensemble de phénomènes et de sentiments qui ont un lien avec notre sensualité sexuelle. De nos jours, l'érotisme est fortement banalisé. Il faut donc un petit plus pour provoquer, par exemple, les jambes ouvertes. Si nous regardons la photo comme un tableau, la position de la jambe droite interpelle parce que la peinture traditionnelle ne nous y a pas vraiment habitués. Tapez « odalisque » sur Google Images et vous le constaterez.

Provocatrice ? Oui, mais une provocation en douceur. Comparez cette photo au « Début du monde » du peintre Corot.

Détails à intégrer dans « l'histoire » que raconte cette photo : le batteur, le bol, le contenu du bol, le mobilier vieillot, la bande son cassée.

L'histoire racontée. Que dit l'étymologie au sujet de « mettre la main à la pâte ».C'est une métaphore utilisée dès le XIIIe siècle et facile à comprendre. « Mettre la main à la pâte »,  c'est faire comme le boulanger : s'il ne travaille pas lui-même sa pâte, il n'aura pas de pain. Cela justifie la présence du bol, de l'appareil à mélanger jeté négligemment à terre, sa main gauche dans la pâte. Cette femme s'est masturbée, elle vient de vivre son moment d'extase et se laisse aller vers un repos.

Cependant, il y a encore la bande son cassée. Peut-être n'a-t-elle même pas atteint son orgasme puisque « la musique n'a pas duré, the thrill was over ».

L'Anglais. Jeff Bark est un américain dont les photos se vendent aussi bien à New-York qu'au Canada. Il se peut donc qu'il connaisse non seulement l'expression française,mais également les expressions « to lend a hand » et « to go down to it ». Ce qui peut indiquer pourquoi la fille se trouve par terre.

Éclairage. Source d'éclairage unique, posée à notre gauche, assez haut, d'un grand volume. Une boîte à lumière diffusante ? Probablement une fenêtre, tout simplement. La lumière entre en quantité, éclaire fortement et de près le pied droit, met en évidence le corps entier. La douceur des ombres donne forme et profondeur au corps.

Cadrage traditionnel de +/- 9/15. Cependant, le personne a 'glissé' en avant et vers la gauche : elle occupe ainsi l'espace d'un 2e cadrage plus petit mais proportionnel au 9/15.

Avant-plan = ce 2e cadrage, délimité par son pied droit, sa main droite, sa figure, la partie supérieure et verticale de son bras gauche, le récipient, la partie inférieure et horizontale de sa jambe gauche. Remarquez également les 2 diagonales qui rendent l'avant-plan tridimensionnel.

Arrière-plan. A l'aide du programma Picasa, vous pouvez augmenter la lumière d'appoint pour découvrir le décor vieillot et petit-bourgeois (table salon à gauche, lampe, chat en céramique, vieux téléphone, un banc au tissu vert, etc.) Jeff Bark a dissimulé ce décor. Nous ne voyons pas vraiment le fond de la pièce. Ce procédé était assez courant dans la peinture du 17e siècle et renforçait la technique du clair-obscur.

Résultat : 2 plans détachés. Le plan « intérieur obscurci » se retire vers l'arrière, le plan « modèle » se glisse vers l'avant. La plate monotonie du plan arrière accentue la tridimensionnalité et la perspective du plan avant, c.-à-d. du corps féminin.

Le corps s'impose. On pourrait dire que le corps a glissé du banc, et ainsi s'offre ou s'impose au regard du spectateur. Cette interprétation est renforcée par la lumière abondante et assez agressive, par le symbolique des jambes, par la tête renversée.

Le regard. Le modèle ne répond pas à notre regard. Soit elle rêve, soit elle est triste, mélancolique. Ainsi, elle ne prête au spectateur que la pure matérialité de son corps.

Remercîments à Bernard, Dominique, Patricia.


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